Grand Reporter pendant quinze années à TF1, passé par M6, Canal +, France 3 et tant d’autres. Chevalier des Arts et des Lettres, Rabah Aït-Hamadouche aime surtout à s’identifier comme journaliste. Rencontre avec cet amoureux du terrain, au contact « des choses et des gens », appréciateur invétéré de Marseille et de ses… « à côtés ».

Emmanuel Volle : Une question assez simple : qu’est-ce que vous faites là ?

Rabah Aït-Hamadouche : Je réalise un reportage en immersion pour la chaîne C8, avec la Police marseillaise. Une police dirigée par une personne incroyable : Marc Labouz. Il a réussi à faire en quelques années de ses effectifs, la première police municipale de France.

Marseille, est un terrain journalistique unique, avec énormément de choses à raconter. Ici, je suis les patrouilles de police, jour et nuit, en voiture, mais aussi à scooter, VTT ou moto. En arrivant ici, je savais que j’aurai un très bon sujet en termes d’action, mais aussi sociologiquement, car suivre les agents de police permet de découvrir, à travers eux, les particularités et la culture de la deuxième ville de France.

E.V : J’imagine que vous avez dû vivre des journées mouvementées ?

R.A-H : Oui, j’ai vu des choses incroyables. J’ai commencé juste après le déconfinement. Dès la première semaine, j’étais présent sur le terrain lorsque plusieurs règlements de compte se sont produits. J’ai aussi constaté de nombreux problèmes d’insécurité en centre-ville, mais aussi que le travail de policier est souvent harassant au quotidien.

E.V : Vous avez une présentation sur votre compte Twitter (@rabahah) assez particulière, vous indiquez : « Curieux de rien en particulier, et de tout en général. » Peux-tu nous expliquer cette drôle de phrase ?

R.A-H : Souvent on me dit « très curieux et empathique », et ce sont justement ces traits de caractère qui m’ont fait devenir journaliste, pas l’inverse. Je trouve que le journaliste devrait être curieux aussi bien des situations que des personnalités et c’est au détour des choses que l’on se rend compte des petites nuances qui donnent du relief à nos reportages. C’est ce fameux « pas de plus » que beaucoup ne feront pas. J’aime aborder les sujets par ces à-côtés, ces détails oubliés ou négligés.

E.V : Vous prônez donc un journalisme de terrain ?

R.A-H : Quelqu’un m’a dit un jour : « Quand il y a beaucoup de journalistes présents au bureau, derrière leur ordinateur, cela veut dire que la rédaction est en mauvaise santé. » Je suis totalement d’accord avec cette idée. Je pense que le métier que nous exerçons est un métier de terrain. Personnellement c’est ma manière de pratiquer mon métier : j’aime humer l’air du temps, rencontrer des gens, rapporter ce que j’observe au dehors.

E.V : Quel regard portez-vous sur Marseille ?

R.A-H : C’est une ville incroyable, avec une propre culture. Il faut séjourner ici un bout de temps pour se rendre compte de toute ses particularités. Le rythme n’est pas le même, comparé à Paris bien sûr, mais aussi à n’importe quelle autre ville en France. Marseille a sa culture locale. Pour moi c’est un syncrétisme méditerranéen qui mélange plusieurs patrimoines, (provençal, italien, corse, maghrébin, comorien…). C’est un pays dans le pays. Bien sûr, dans certains quartiers une grande pauvreté, de la précarité mais cette problématique est compensée par le bonheur du vivre-ensemble, et le fait de se sentir « marseillais », plus que tout.

On le voit avec le professeur Didier Raoult, par exemple, parangon d’une sorte de « Marseille-attitude », qui a dernièrement été défendu becs-et-ongles ici, comme un pied de nez au jacobinisme ambiant. Il existe une forme de fierté du Sud, dont Marseille serait la capitale.

Comment expliquer cela ? Il y a des points rassembleurs : le foot, le soleil, la culture méditerranéenne : on me racontait qu’ici, dans le quartier du Panier, les portes des maisons restaient ouvertes il n’y a pas si longtemps encore, car on y vivait comme dans un village.

J’apprécie beaucoup Marseille, et comme pour beaucoup de parisiens, quand on y vient on se demande souvent si on va en repartir.

Interview réalisée par Emmanuel Volle

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